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Perspectives d'avenir

Bryan Wells - 16 juin 2010
Perspectives d'avenir

Cet automne, le festival vancouverois New Forms célébrera 10 ans de travail dans le domaine de culture numérique, tout en se dirigeaut vers le future.

 

Le 6 février 2010 est une date qui passera à l’Histoire pour les acteurs de la scène des arts numériques et de la musique électronique moderne. Alors que le monde entier tournait son attention vers Vancouver pour deux semaines étourdissantes dans le cadre des Jeux olympiques d’hiver, les organisateurs du festival New Forms et de CODE (l’édition numérique de l’Olympiade culturelle)  s’apprêtaient à présenter leur vision à un auditoire international d’une envergure jamais vue lors des éditions précédentes du NFF, une vision digne de leur talent et qui attendait une telle opportunité depuis ses débuts, en 1999. Le moment n’aurait pas pu mieux tomber pour Malcolm Levy et New Forms : après dix années à peaufiner le cadre et les infrastructures du festival, le moment était venu de mettre cette expérience en valeur.

 

Malcolm Levy, co-fondateur et directeur de New Forms

 

Retournons dix ans en arrière afin d’observer la genèse de ce moment.

Malcolm Levy et Jarrett Martineau (qui sera plus tard impliqué dans le projet ZeD TV de la CBC) quittent Montréal pour s’installer à Vancouver. Lorsqu’il habitait Montréal, Malcolm Levy était de toutes les occasions ou les installations artistiques et la musique électronique étaient en vedette. Arrivés à Vancouver, ils ont été renversés de constater qu’il n’existait rien qui ressemble de près ou de loin à la vie culturelle à laquelle ils s’étaient habitués à Montréal. Ils ont donc de mieux faire connaître les installations artistiques et la musique électronique à un vaste auditoire à Vancouver. À cette époque, Malcolm Levy et Jarrett Martineau travaillaient dans les domaines de la musique et du cinéma : la genèse de New Forms est donc venue tout naturellement.

C’est sans financement extérieur et avec une cinquantaine d’artistes locaux de tous les horizons que la première édition du festival New Forms a eu lieu. Dès le départ, l’orientation du NFF était très claire : découvrir, présenter et promouvoir des artistes avant-gardistes de toutes les disciplines. L’idée a reçu un accueil chaleureux et les Vancouvérois ont accueilli le nouveau festival à bras ouverts.

En fait, le festival a été un tel succès que, dès sa deuxième année, il n’a eu aucune difficulté à obtenir une subvention du Conseil des arts du Canada, ce qui n’est habituellement pas une mince tâche. Armé de ce financement public et d’un important soutien de la communauté, le festival New Forms avait le vent dans les voiles.

Après trois années de succès retentissants dans de nombreux lieux de la ville, le NFF a élu domicile dans une des plaques tournantes de la communauté artistique de Vancouver : Open Studios. L’idée fondatrice d’Open Studios est d’offrir un espace où la musique électronique et les nouveaux médias peuvent évoluer grâce au partage des idées et des informations. De nombreux musiciens de calibre international en sont d’ailleurs issus, dont notamment Mathew Jonson, Konrad Black et Ben Neville.

La synergie créée par l’union d’Open Studios et NFF est rapidement devenue l’épicentre de la musique électronique sur la côte ouest, tout en ravivant l’appétit de Vancouver pour ces sonorités. Encore aujourd’hui, Open Studios demeure une plaque tournante essentielle pour les artistes, DJ et musiciens les plus talentueux.

Après trois autres brillantes années à Open Studios, Malcolm Levy et le NFF, en collaboration avec le projet ZeD TV de la CBC, ont reçu une commande pour une installation qui serait présentée dans le cadre du festival MUTEK, une oeuvre intitulée Speak and Spell. Cette connexion avec MUTEK allait prendre une importance capitale. Après l’épisode de l’installation Speak and Spell, Malcolm Levy et Alain Mongeau, le directeur de MUTEK, sont restés en contact et, au fil des ans, ont forgé un partenariat qui perdure entre les deux festivals.

 

 

 

Tandis que l’union tacite des différents festivals d’Amérique du Nord se solidifiait, les festivals européens créaient leur propre collectif, European Cities of Advanced Sound (ECAS), dont le but était la création d’infrastructures durables afin de soutenir la consolidation des connaissances et la production d’événements multiorganisationnels. Cette année-là, le festival MUTEK a invité à Montréal les membres de l’ECAS ainsi que les membres des différentes communautés nord-américaines, dont bien entendu le NFF. Un an plus tard, lors du festival allemand Club Transmediale, l’ICAS (International Cities of Advanced Sound) voyait le jour. Ainsi, Vancouver et le NFF font désormais partie, en compagnie de 25 autres villes à travers le monde, d’une communauté globale de festivals de musique électronique et d’art numérique. Ce nouveau réseau mettait ainsi en place un cadre à toute épreuve qui assurait une croissance durable et créait de ce fait un filet de sécurité qui encourage l’émergence de nouveaux artistes.

Depuis le tout premier jour, le message de Malcolm Levy et Jarrett Martineau n’a pas changé et leur vision très claire s’est jointe à celles d’autres collectifs qui la partageaient. La création de l’ICAS a semblé se faire d’elle-même tellement elle était naturelle, ce qui confirme l’hypothèse que des structures efficientes créées par les bonnes personnes auront naturellement tendance à se reconnaître mutuellement et à grandir ensemble.

Nous voici rendus en 2006 et le NFF poursuit sa croissance phénoménale. L’équipe de programmation décide alors d’élargir son mandat afin de faire place à l’important mouvement Dubstep et toutes les autres variantes de la musique influencée par le dub, ce qui a donné lieu à la création de Dubforms. C’est le Vancouvérois Michael Red qui est devenu le curateur de cette nouvelle division du NFF. C’est à lui qu’on doit le passage au festival des noms les plus influents du milieu comme Benga, Kode 9, Deadbeat, 2562 et Appleblim, en plus d’avoir permis à des artistes locaux tels que Max Ulis, Taal Mala et Self Evident de se faire connaître au fil des ans.

Tout continuant de prendre le pouls de l’avant-garde, le NFF a poursuivi son travail remarquable de création d’environnements qui repoussent les frontières tant pour les artistes que les spectateurs en mettant à leur disposition de nouvelles plateformes où les arts numériques et la musique électronique peuvent exister et grandir de façon pure et organique.

 

 

Fidèle à sa vision fondatrice, le NFF poursuivait donc son travail de découverte, de présentation et de promotion d’artistes avant-gardistes de tous les horizons. Grâce à l’aide des plus importants festivals de musique électronique et d’arts numériques d’un peu partout sur la planète, le festival NFF s’était ainsi bâti de solides fondations. Le temps était venu pour le NFF de relever de nouveaux défis qui mettraient à l’épreuve toutes les facettes de cette vision.

L’occasion rêvée était justement sur le point de se présenter avec la tenue des Jeux olympiques d’hiver, sans doute l’événement le plus important à avoir lieu sur la côte ouest canadienne depuis Expo 86. De plus, le comité organisateur des jeux de Vancouver était animé d’un réel désir de montrer au monde entier les multiples facettes de Vancouver. Mettre de l’avant la vie culturelle de Vancouver au moment où le monde entier aurait les yeux rivés sur la ville : c’est dans cette optique que l’édition numérique de l’Olympiade culturelle (CODE) a été mise sur pied.

Le partenariat entre le CODE et le NFF était tout naturel et le moment n’aurait pas pu être mieux choisi. CODE et NFF ont mis sur pied un événement aux proportions épiques savamment niché en plein centre de la folie olympique, le 6 février 2010. Des artistes canadiens et internationaux s’y sont produits, dont notamment Konrad Black et Junior Boys (qui ont présenté un DJ set), LA Riots et The Golden Filter. La musique de cette soirée était la toile de fond idéale pour les interactions entre les artistes du domaine de l’art numérique, leurs installations et le public. Cette soirée, comme l’ensemble du partenariat entre CODE et NFF, a été un immense succès qui a permis à la vision de Malcolm Levy de se solidifier encore davantage, à cette différence près que, désormais, les opportunités de présenter ce genre d’événement à un auditoire plus large se concrétisaient enfin. Vancouver avait fait un choix judicieux pour cet événement unique et tout s’était passé comme sur des roulettes.

 

 

 

La prochaine année marquera le 10e anniversaire du NFF, qui aura lieu à Vancouver et dans ses environs en septembre. NFF_TEN célèbrera une décennie de réseautage entre les communautés locales et internationales des arts numériques et de musique électronique avec une emphase particulière sur la promotion des artistes canadiens de toutes les disciplines. Le thème choisi, NFF_TEN : "Traversing Electronic Narratives”, mettra de l’avant les racines du festival à travers dix oeuvres collaboratives qui reflèteront les thèmes abordés par le NFF au cours des dix dernières années tout en intégrant les nombreux partenariats internationaux qui permettront de faire entendre la voix de Vancouver partout à travers le monde. L’empreinte de tous les membres de l’ICAS fait désormais partie de l’ADN du NFF et lui assure une possibilité de croissance quasi infinie, tout autant qu’aux autres communautés impliquées. NFF_TEN mettra également en valeur de nombreux lieux qui ont joué un rôle crucial dans la croissance du NFF depuis ses débuts. De nombreuses expositions seront par ailleurs présentées conjointement avec le festival SWARM, un festival de deux jours dirigé par les artistes eux-mêmes.

Il n’y a pas à dire, la communauté des arts numériques et de la musique électronique de Vancouver semble vouée à un avenir des plus prometteurs. Grâce à la vision de Malcolm Levy et de son NFF, la côte ouest canadienne a désormais une solide plateforme qui permet de soutenir les artistes de tous les horizons et leur permet de créer sans subir d’influences parasitaires. Ainsi, l’art pur, la collaboration et la communauté pourront jouir de perspectives d’avenir des plus florissantes.

 


Heavily involved in the modern electronic music scene out in Canada's west, Bryan Wells is an avid record collector, writes for Exclaim.ca and their electronic music section Frequencies, co-host's of Edmonton's longest running electronic music radio show "Catch the Beat" on CJSR FM 88.5, and has been a long time house/techno DJ playing at western Canada's top clubs and festivals.


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