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Canadiens X

1ère partie : entre ici et là bas, les artistes et producteurs canadiens à Berlin.

Joanne Thompson - 28 juin 2011
Canadiens X

Richie Hawtin, Mike Shannon, Deadbeat/Scott Monteith, Jeff Milligan, Frivolous/Daniel Gardner, Jeremy P Caulfield, Pantone/Sid Le Rock/Sheldon Thompson, Mathew Jonson/Cobblestone Jazz, Hrdvision/Nathan Jonson, The Mole/Colin de la Plante, Fairmont/Jake Fairley, Guillaume Coutu-Dumont, Adam Marshall, Marc Houle, Danuel Tate, Konrad Black, … Tous ces artistes d’origine canadienne vivent maintenant à Berlin, Mecque de la Techno, nouvelle capitale de l’innovation musicale ( que ce soit en production ou en live), où tous les weekend des milliers de jeunes européens atterrissent pour envahir tous les clubs de la ville.


Ville réputée pour être l’une des plus fêtardes d’Europe, les clubs n’ouvrent pas avant minuit, trams et trains circulant toute la nuit. Les Berlinois ne sont pas en reste, il n’est pas rare de les voir vider des bouteilles de Warsteiner, ou s’arrêter dans les kiosques U-bahn pour acheter de la bière. Si l'on en croit le livre de  Tobias Rapp « À sons perdus. Berlin, la techno et l’easyJet-set », 7 touristes sur 10 viennent à Berlin pour ses clubs. Et oui, particularité berlinoise, ils n’ont pas d’heure de fermeture, la fête peut souvent durer jusqu’au début de l’après-midi. Les soirées peuvent durer 2, 3 voire 4 jours, les gens vont et viennent. Alors que l'on pense que ça prend fin et qu'il serait temps de rentrer chez soi, une nouvelle vague nous submerge.
 

C'est au milieu des années 2000 que les premiers Djs canadiens ont élu domicile à Berlin. Avant, ils ne mettaient les pieds en Allemagne, que pour jouer, apprendre du circuit international, en gros gagner leur vie, comme il n’était pas encore possible de le faire pour eux au Canada à l’époque.

Daniel Gardner, aka Frivolous, originaire de Colombie Britannique, explique que Berlin était un choix naturel pour lui. « Une fois que j'avais atteint les limites de ce que la ville pouvait m'offrir, je galérais à Montréal. Après le lancement de mon premier album sur Karloff (Cologne/Berlin), j'ai commencé à recevoir plein d'offres pour jouer en Europe, principalement en Suisse. Je survivais uniquement parce que je jouais en Europe tous les deux mois, je faisais une série de concerts avant de retourner à une vie de quasi-misère à Montréal. Toutes les semaines, j'étais DJ au Laika sur Saint Laurent. Sans ça, j'aurais sûrement échoué ». Au bout de 3 ans, il décide de déménager pour des raisons économiques évidentes. « Cela n'a rien d'une réussite admirable, parce que j'adore le Canada et j'aimerai beaucoup être en mesure d'y vivre » souligne-t-il.

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Frivolous en live à MUTEK.ES, Février 2011.

Suivi de près par de nombreux artistes déjà établis dans le circuit électronique berlinois,  Frivolous commence doucement à tracer sa route allemande.

Si l'on en croit Sascha Koesch, éditeur de De:bug, magasine berlinois influent : « Quand ils ont déménagé ici, le Canada était au goût du jour à Berlin. Dans les années 2000, au moment où la plupart d'entre eux ont lancé leur propre label et qu'ils ont commencé à se faire connaitre ici, il y avait un son canadien très particulier : microhouse, une certaine espièglerie avec la minimale et le dub, une attitude rock indiscutable. Tout ça a participé à mettre le Canada sur la carte. » 

Il se souvient : « C'est à cette période-là qu'ils ont fait leur apparition sur des labels allemands, comme Perlon, Trapez, et Kompakt. En 2002, Force Inc a même sorti un album spécifiquement canadien. »

C'est Jon Berry, aujourd'hui manager chez Kompakt à Berlin, qui a rendu cet album possible. « En 2001, je travaillais avec le label francfortois Force Inc et j'ai déménagé à Montréal. C'est là, que j'ai eu la chance de rencontrer une communauté jeune et florissante de musiciens portés sur l'électro qui correspondait vraiment à ce que nous sortions sur le label à l'époque. J'ai donc réuni la compilation Montreal Smoked Meat qui mettait en vedette des artistes qui vivent maintenant à Berlin : Deadbeat, Mike Shannon et Jeff Milligan ; et signé Akufen et Jetone/Tim Hecker.” Un an plus tard, Force Inc lançait « Sign of Hand » l'album de Mike Shannon et « Composure » celui de Jeff Milligan.

Au Canada, Montréal a toujours eu un statut particulier : ville francophone, vie nocturne calquée sur l’Europe, mais ce qui fait d’elle une cité musicale par excellence, c’est son foisonnement de jeunes artistes, du swing au disco, sans oublier les producteurs et dj techno et house. Pour la scène éléctronique à Toronto, le constat est tout autre, après un boom de la culture jungle et techno dans les année 90, celle-ci est tombée à plat à l’aube de l’an 2000. Mauvaise presse, pas de grosses productions pour soutenir la vague.
Pour la côte Ouest, le problème est ailleurs : l’isolement. Les producteurs comme Deabeat, Shannon Milligan, Colin The Mole et Tim Hecker ont donc décidé de venir s’installer à Montréal, pour profiter eux aussi, de l’énergie et des occasions de se faire découvrir.
 

Gardner se souvient que « Montréal bouillonnait à l'époque. J'imagine que c'était autour de 2002-2003. La scène torontoise avait convergé avec la scène d'ici. Il y avait la SAT (la Société des arts technologiques) et les Piknic Electronik venaient démarrer. Les gens s'emparaient des sons high-tech alors que la minimale prenait racine d'une manière résolument canadienne. »

Shannon ajoute : « Avec des clubs comme le Sona où Richie Hawtin et Tiga étaient en  résidences, la scène club montréalaise était vraiment vivante, mais la magie opérait vraiment lors d'événements comme le festival originellement à la SAT et à EX-Centris. Montréal avait cette connexion européenne mais avec une mutation propre, qui la démarquait de tout ce qui se faisait ailleurs dans le monde, légèrement différente de l'influence de Détroit et Chicago à laquelle j'étais habitué à Toronto. »

Mais tous s’accordent sur un point, c’est Mutek qui a permis d’attirer l’attention sur tous ces artistes et ancrer les relations à l’international. « Avec Mutek qui braquait la lumière sur ce qui se passait ici, des gens de partout ont commencé à s'intéresser à Montréal. » se rappelle Shannon.

Le premier Micro Mutek en 2001 et les début de Tikiman, avec les artistes allemands, Scion,  est un souvenir très fort pour Berry : « Tout le monde était très excité de voir ces gars jouer. Ils étaient géniaux. La grosse surprise était de voir Deabeat jouer son premier set dub. Personne ne l’avait jamais entendu jouer comme ça avant, je pense que cela a été un moment fort aussi pour lui et ça lui a permis de tracer une nouvelle route musicale. L’année suivante, j’ai rencontré Michael Mayer de Kompakt, quand il a joué pour la première fois en Amérique du Nord avec Reinard Voight. Ce fut un grand moment aussi bien musical que pour ma carrière ».

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Deadbeat en live à MUTEK 2011, photo par C.Hayeur.

Le fait que les artistes canadiens s’expatrient à Berlin mais aussi dans le monde entier n’est pas une pure coïncidence. Certes, ils sont tous arrivés avec des objectifs propres à chacun mais aussi des envies communes. Koesch dit : « Quand ils ont commencé à être connus, l'idée était de faire connaître le Canada et ils en parlaient ouvertement. Miligan et Akufen par exemple n'oubliaient jamais de mentionner tous les autres artistes canadiens à surveiller. Ce n'est pas qu’ils  restent entre eux, mais il est rare de n'en voir qu'un seul. Les Canadiens ont de multiples facettes et grâce à ce premier petit groupe, ils ont pu définir ce qu’était plus ou moins un Canadien ici et tout ça pour un petit moment. » 

A suivre.....la deuxième partie jeudi


Joanne Thomspon curates kanadische inhalte :  canadian content, a program dedicated to Canadian DJs and producers. She is based in Berlin and Toronto. Archives of the show are here, and here. 

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