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Expérience inédite

Mouna Andraos présente son approche du terrain de jeu : une aventure interactive et expérientelle pour adultes

Stacey DeWolfe - 25 septembre 2011
Expérience inédite

Le terme design  a trop longtemps été associé à la production d’objets, qui servent à la maison, au travail, des articles qui peuvent être portés ou utilisés, des trésors à admirer, la manifestation physique d’une idée, d’une théorie, d’une problématique. Mais pour la designeuse montréalaise Mouna Andraos, le design est encore plus vaste, car plus que de simple créations esthétiques ou objets technologiques, ce que Mouna crée est une vraie expérience.

« La façon la plus facile de me définir » explique Andraos, «c’est que je suis une designeuse interactive, ce qui veut dire différentes choses pour les gens, mais pour moi, ça veut dire qu’il faut être capable de concevoir et produire de l’interaction entre les gens, entre les gens et les machines ou entre les gens et des objets. ». Une réponse ou une action peuvent être stimulées grâce à l’aspect matériel d’une œuvre, ce qui résonne c’est cet entre-temps éphémère qui émerge entre les objets et les participants, une modification de l’articulation de l’espace.

Prenons en exemple un travail comme 21 Balançoires, qu'Andraos et sa partenaire Melissa Mongiat ont installé en mai dernier entre la Place des Arts et le Pavillon de la Science à l’université du Quèbec de Montréal, où était instalé Bloc Jam pour MUTEK 2010. Chaque aller/retour des balançoires est assigné à un instrument en particulier (guitare, vibraphone ou piano), et la hauteur de la note correspond à la hauteur d’où la balançoire s’élance. Pour cette œuvre, elles ont collaboré avec le compositeur Radwan Moumneh. Le but des 21 Balançoires  était de modifier l’espace en un site de créativité, de collaboration, pour voir apparaître des ponts entre le monde de l’art et celui des sciences.

VIDEO DES 21 BALANCOIRES

La décision d’intégrer des balançoires et venu très tôt dans notre processus de recherche. « Il y a une tradition depuis ces dernières années d’artistes et d’activiste qui utilisent la balançoire comme symbole pour reconquérir l’espace public » dit Andraos. Mais il y a quelque chose de différent ici, c’est ce qui distingue le travail du designer et du concepteur, c’est qu’il met l’accent sur la fonction mais aussi la forme. Ici, grâce à l’utilisation d’un medium explicite. « Nous savions que tout le monde reconnaîtrait la balançoire, et comprendrait comment fonctionne l’installation, il suffisait juste pour eux de sauter de dedans et commencer à jouer sans se préoccuper de ce que nous voulions essayer de faire.

C’est dans les années 90, pendant sa dernière année d’école de cinéma qu’un intérêt croissant pour la technologie pousse Andraos loin de la narration cinématographique traditionnelle – « l’excitation de participer à la définition de quelque chose qui allait de l’avant, c’était nouveau… comment la technologie allait changer notre façon de communiquer, comment allions nous interagir les uns avec les autres ». Mais malheureusement l’industrie est allé dans une autre direction. « Dans les années 90, nous nous étions promis de devenir des cyborgs qui vivraient dans une vie virtuelle , ce qui n’est finalement pas un si mauvaise idée, car ils projetaient un futur que nous réaliserions ensemble ce que nous ne voulions pas, à la base, nécessairement construire ». Son diplôme en poche, elle commence à travailler avec le studio de design Blue Sponge, mais elle s’aperçoit très vite qu’il est temps de prendre du recul et de renouer avec le monde physique.

Elle s'inscrit ensuite à l'université de New York dans le programme Interaction Telecommunications Program, une réflexion interdisciplinaire avec un accent mis sur ​​le travail à travers le langage entourant les nouvelles technologies – ou comme le décrit Andraos « un terrain de jeux pour adulte ». C’est ici qu’elle a acquit les capacités lui permettant de développer ses projets et amener la technologie à des concepts plus terre à terre comme  Adress :  un pendentif construit dans un GPS qui permet de vous ancrer à votre domicile ou le lieux où vous voudriez être, Winter Quilts (2010) :  un ensemble de couettes traditionnelles fabriquées avec des textiles intelligents qui peuvent répondre et interagir avec l’environnement dans lequel elles sont placées, enfin Power Cart (2007), une station mobile où les gens pouvaient bavarder tout en rechargeant leurs appareils électroniques.

Pour Andraos, qui n’a jamais été « super excitée » par le caractère artificiel des galeries, intégrer son travail dans le domaine public est une obligation. L’artiste à été très surprise de la réaction du public face à l’œuvre Power Cart, ce projet c’est un peu présenté comme le prémices de ce qui a suivit « comme un objet dans l’espace public, comme un objet qui utilise le DIY (do it yourself), il a également été créé dans l’intention de partager les connaissances et les compétence associé à ce projet ».

Durant l’automne dernier, Andraos et Mongiat , qui ont formé avec leur partenaire Kelsey Snook l’entreprise Living With Our Time ont reçu la prestigieuse bourse Phyllis Lambert Design Montréal, grâce à celle ci, ils ont pu se rendre à Berlin et participer au Open Design lab. L’objectif était d’examiner l’idée de produire des travaux publics à une plus petite échelle, dans le but de mobiliser un public réceptif et d’inspirer des actions similaires.
Comme l’explique Andraos « les recherches que nous avons faites à Berlin portait sur la conception d’ouverture du design : comment concevoir l’intégration de l’aspect participatif, non seulement dans le résulat de l’œuvre mais aussi dans sa conception ? Comment pouvions nous faire pour que le public pense au devenir du projet ? Comment peut-on imaginer la participation du public ensuite si tout le monde peut l’utiliser, le modifier, le réinventer ?

The Radio of Songs from People’s Heads” (2011) a été l’un des résultats de cette période de recherche. Le projet consiste en une série de capsules en carton où les gens pouvaient se libérer des chansons agaçantes qu’ils avaient en tête. Ils enregistraient leur version et tout ça était ensuite disponible dans une base de données online. Comme les objectifs ont été atteints, les partenaires sont actuellement en train de publier les instructions complètes sur la façon dont la "radio" fonctionne et comment les parties peuvent être déconstruites et réutilisés: "tout le monde peut   construire  un système similaire , et de là,  développer une méthodologie qui peut être appliquée  à différents projets ".

Cet été l’entreprise à travaillé sur de nombreux projets, tout d’abord un travail où ils réinterprétaient la théière pour une exposition collective sur les rituels du thé à London’s Victoria and Albert Museum, construire une projection interactive pour la Surrey Art Gallery pour l’ anniversaire de la mort de Marsahal McLuhan et concevoir une machine “turluting” pour un hommage au célèbre chanteur folk des années 30 au Quèbec, La Bolduc. Enfin le “Giant Sing-Along”, commandité par Nother Light (Minnesota) (encore une marque de la popularité mondiale de leur travail) l’installation qu’ils proposent lors du Salon de l’Agriculture du Minessota  est comme beaucoup de leur projet, musical.  « La musique est magique » dit Andraos « Quand on essaie de créer des projets qui fonctionnent le jour mais aussi la nuit, la lumière, la vidéo, les images, tout ça devient problématique ... nous utilisons donc souvent la musique, on essaie de créer, de s ‘amuser, de jouer avec ».

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Ici, la popularité des chansons de groupes dans la culture du Minnesota et le goût pour la musique américaine, ont beaucoup inspiré les participants. Ces derniers temps, ils étaient invités à soumettre leur chanson favorite, 50 ont été choisie et elles seront interprétées en playback pour la communauté. Mais ce qui motive surtout Andraos, c’est cette volonté de bâtir une communauté  et de concevoir une expérience où les gens peuvent passer du temps ensemble et voir ce que dans un futur proche peut donner cette énergie créatrice.

La pensée sociale caractérise le travail de Living With Our Time, le bricoleur intériorisé d’Andraos vit maintenant. « J’ai toujours été intéressé par des interventions plus formelles des œuvres » dit Andraos « mais le saut entre fabriquer un produit unique et être capable de le produire pour qu’il aille dans les mains des consommateurs, ce n’est pas la même chose, pas la même échelle, et c’est assez compliqué avec la technologie actuelle ». Pour  le moment, au vue des bénéfice de l’entreprise, Andraos continue d’auto générer des projets, dans le cadre de cette recherche sur les communications, cette recherche reste pour elle une source constante de communication et d’apprentissage.


Stacey DeWolfe est une rédactrice et productrice de film indépendante qui vit à Montréal. Elle a écrit pour C Magazine et dans la rubrique art du Montreal Mirror et d'Akimbo. Elle est également l'auteure de Sound Affects : Sado-Masochism and Sensation dans les films de Lars von Trier, Breaking the Waves et Dancer in the Dark.

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