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Les nouveaux médias de l'ouest

L’innovation numérique, de la Colombie Britannique au Manitoba

Deanna Radford - 10 novembre 2011
Les nouveaux médias de l'ouest

Bien qu’ils soient moins sous les feux des projecteurs que leurs comparses de l’est, les festivals et autres nouveaux médias de l’ouest canadien n’ont pour autant pas chômé, ayant passé ces 15 dernières années à remodeler le paysage culturel de leur région à l’aube du 21è siècle.

Des festivals comme send + receive ou le dernier né Memetic (tous les deux de Winnipeg), ou encore Signal + Noise et New Forms (tous les deux de Vancouver) ont fait leurs preuves en terme de découvertes, que ce soit au niveau de la musique électronique Canadienne et internationale, des sons expérimentaux ou encore d’art numérique.

Au même moment, les centres d’arts médiatiques tels que Video Pool (Winnipeg), Paved New Media (Saskatoon), le Centre Banff (Alberta), et VIVO, W2 Media Café, Western Front (tous de Vancouver), pour ne citer qu’eux, ont contribué au développement de toutes ces formes d’art innovantes et émergentes en tant que telles.

Ce mois-ci, MUTEK dresse un bilan de ces nouveaux médias du bord occidental canadien, mettant en avant certaines des institutions et innovations culturelles dont les efforts constants ont permis d’amener les milieux des arts électroniques, en constante évolution, dans une partie du pays isolée, bien que très vaste.

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Fondé par un groupe de huit artistes à Vancouver en 1973, Western Front est l’un des plus anciens collectifs d’art numérique dans l’ouest, et partout ailleurs dans le pays. Centre interdisciplinaire à ses débuts, le lieu a grandi pour aujourd’hui rassembler nouveaux médias, performances et musiques actuelles, d’après la programmatrice des nouveaux médias, Sarah Todd. « Le son est en fait une chose intéressante car, ayant voyagé au travers d’époques différentes avec des moyens différents, il est devenu une force fédératrice. »

« Western Front a commencé en 1973 à l’époque où Vancouver était une ville frontalière. Nous étions vraiment mis de côté, c’est pourquoi, des artistes comme Eric Metcalfe et Hank Bull et Kate Craig et Glenn Lewis, fondateurs du lieu, ont été attiré vers le numérique, à un moment où les médias similaires étaient faciles à distribuer, car nous étions loin de tout. Aussi, il était vraiment important d’utiliser des outils tels que le son, les télécommunications ainsi que la radio, toutes ces choses qui nous permettaient de prendre part à la conversation. Et je pense que c’est quelque chose que nous nous efforçons de faire encore aujourd’hui », nous raconte Todd.

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Western Front's newly renovated sound studio
Crédit : Ben Wilson


En Alberta, des lieux comme le Centre Banff et son Institut des Nouveaux Médias (INM), gérés par l’État depuis leur ouverture en 1995 ont soutenu la programmation et la présentation de travaux multimédia, ainsi que l’exposition de nouvelles communautés.

L'INM propose des programmes pour « défendre le pluralisme de la créativité et différents modes de recherches, la production de nouveaux travaux, ainsi que l’engagement des artistes, producteurs, techniciens et chercheurs dont l’esthétique et la culture sont axés vers les nouveaux médias. » Ce centre, qui attire des artistes à travers tout le pays, leur permet d’approfondir recherches et activités, repartant vers leur point d’origine avec de nouveaux acquis.

Un peu plus à l’est, dans la province de Winnipeg, se trouve send + receive, projet du Video Pool Media Arts Centre de Winnipeg à l’origine. Fondé en 1998 par Steve Bates, artiste, musicien et programmateur, send + receive est progressivement devenu un pilier dans le milieu des arts électroniques aux Prairies. 

Le festival prend son nom du transceiver, appareil mécanique qui peut à la fois envoyer et recevoir des informations. Inspiré par l’utilisation des ondes radiophoniques comme canevas sonore, ainsi que par les innovations dans les musiques expérimentales, le son, les nouveaux médias et toute autre forme d’expression numérique, send + receive a été pensé pour combler le manque de nouvelles formes d’arts dû à l’isolement géographique de Winnipeg.

À l’approche de son treizième anniversaire cet automne, le festival est en pleine expansion. Crys Cole, Directeur Artistique et artiste sonore raconte : « send + receive occupe une place très importante dans les Prairies. Les Prairies du Canada sont très souvent négligées et les artistes jouent rarement ici, ou ne considèrent simplement pas venir en visite. Étant donné l’importante étendue de campagne au Canada, les artistes étrangers sont plus amenés à passer sur les côtes et dans les villes principales, c’est pourquoi send + receive a créé un carrefour permettant d’inviter des artistes sonores internationaux dans notre région. »

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Exposition The Sound of Vision, à la Galerie Semai, Michel Germain
Crédit: Robert Szkolnicki


Un an après la création de send + receive à Winnipeg, un autre festival notoire a émergé en Colombie Britannique, ouvrant la voie à toute une nouvelle génération d’artistes numériques. Le festival New Forms est né au tournant du siècle à Vancouver, sur une idée originale de Malcolm Levy et Jarrett Martineau, après des études académiques à Montréal. 

« Nous avons senti qu’il y avait un besoin et de nombreux artistes dans la communauté l’ont demandé, faute de pouvoir l’exprimer, » raconte Levy. « Ils ont tous été très intéressés par le projet. Maintenant, il y a différents festivals autour des nouveaux médias et des arts numériques qui ont eu lieu, à différentes époques sur la côte ouest. Ce n’est pas pour dire que c’est le seul qui existe, ou quelque chose comme ça, mais à l’époque, c’était le seul.

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Quartier général de New Forms Festival
Propriété de New Forms Festival


Considérer ces organisations comme d’incontournables pépinières culturelles au niveau régional aide à contrôler leur impact, leur manière de travailler et permet de rassembler les nouveaux talents dans un même espace. Formant un réseau d’associations de l’ouest canadien, ces entités sont aujourd’hui assez fortes pour partager infrastructures et artistes, et aussi défendre leurs intérêts au niveau international.

« Comme pour la plupart des arts, les choses deviennent rapidement internationales, mais en même temps, les gens font plus attention à ce qu’il se passe dans leur propre ville, ils cherchent à répandre l’information et faire parler, » raconte Malcolm Levy de New Forms. « Et je pense qu’il est important de séparer ces deux angles. D’un côté, il s’agit de la communauté qui alimente elle-même le réseau. Puis d’un autre côté, il ne faut pas non plus négliger non plus tout ce qui se passe ailleurs. »

Sarah Todd ajoute que le symposium du Western Front de 2010, Noise Not Noise, avait été produit avec ces bases de collaboration participative en tête.

« Noise Not Noise était un projet de l’ampleur d’une vaste organisation, pour lequel tous les départements de Western Front ont été sollicité. Je pense que c’est vraiment représentatif de la manière avec laquelle le projet a été appréhendé ici, et c’est ainsi qu’a été pensé Western Front. C’est ainsi aussi que nous avons introduit dans la conversation des personnes extérieures à Vancouver. C’est un principe auquel nous adhérons sincèrement, l’ampleur que peut prendre la distribution : comment alimenter ce discours, notamment dans le milieu des arts numériques. Je pense que c’est vraiment important. »

Le concept de collaboration est désormais devenu l’un des mandats de send + receive.

Cole ajoute « je pense qu’il est vraiment important pour send + receive d’amener des artistes internationaux dans les Prairies. C’est une des rares opportunités pour des artistes éminents de venir dans une plus petite ville de la région, pas seulement pour présenter leurs travaux, mais aussi pour discuter et instruire au travers de discussions et ateliers. L’idée étant de stimuler la communauté créative et élargir l’expérience du public régulier.

« Les artistes en déplacement interagissent avec la scène locale, d’autres artistes en visite et le public, et ainsi vivent une expérience intime et personnelle. J’ai pu remarqué l’authenticité de tout cela dans de nombreux festivals à l’étranger, qui ont lieu dans des endroits encore plus isolés. Cela permet des échanges personnels et établit un vrai dialogue. »

La vaste étendue qu’est le Canada offre une aire unique pour toutes ces formes, un espace primordial pour la diversité qui amène à des résultats profondément inspirants. Peu importe l’endroit, les présentateurs, les centres et les festivals de musique électronique, les médias et les arts numériques sont nécessaires pour promouvoir les nouvelles technologies et les dernières innovations. En fournissant des espaces pour dynamiser les échanges et la création, les institutions d’art numérique servent de fourmilière de créativité, développant des réseaux qui facilitent de nouveaux modèles de pratique artistique en tout temps.




Deanna Radford est une poète et auteur freelance qui vit à Montréal. Elle fait partie des organisateurs et collaborateurs de send + receive et est membre du comité éditorial de .dpi, du Studio XX.

Elle alimente régulièrement son blog sur http://deannaradford.blogspot.com/

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