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Opinion

Montréal, tête d'affiche

Ghislain Poirier parie sur la mise en valeur des talents locaux

Ghislain Poirier - 5 mars 2012
Montréal, tête d'affiche

 

Au tournant des années 2000, Montréal s'est définitivement replacée sur l'échiquier mondial de la musique. C'est ainsi que la métropole renouait avec la gloire, car force est d'admettre qu'elle s'était tranquillement effacée de la carte après avoir eu une scène disco des plus vivantes - alimentant et influençant même celle de New York - et ayant eu son lot de vedettes pop anglophones internationales dans les années 80, avec entre autres Men Without Hats, Corey Hart et Gino Vanelli.
 
La remise en selle de Montréal fut possible grâce à une vague de fond formée de deux puissants fronts. D'un côté, la vague indie-rock et de l'autre, la vague électronique - les deux au sens large du terme - créant du coup un momentum créatif et médiatique que personne ne pouvait ignorer.
 
C'est dans les balbutiements de la scène rave, de la scène électroacoustique et des arts médiatiques que les bases ont été jetées pour les infrastructures actuelles de la scène électronique. Les ravers, danseurs et trippeux d'hier sont devenus au fil des ans de forts piliers, au sein notamment de plateformes comme Mutek, Piknic Électronik, Elektra, MEG et on peut même inclure le Festival de Jazz dans la liste.
 
La plupart de ces festivals (exception du Festival de Jazz) sont nées au tournant des années 2000 et, dix ans plus tard, on peut affirmer qu'ils ont atteint une certaine vitesse de croisière. Je ne dis pas que tout est rose, je dis seulement qu'avant les années 2000, il n'y avait pas de tels événements et que la scène électronique était davantage liée aux raves, after-hours et lofts. On peut dire que ces événements ont démocratisé la musique électronique en la rendant accessible à un plus large éventail de la population, la sortant même de son carcan nocturne pour résonner en plein jour.
 
Maintenant que la scène de la musique électronique à Montréal s'est bâtie une réputation qui ne la quittera pas de sitôt, du moins on l'espère, je crois qu'il est temps de passer à une autre étape garante de longévité pour son rayonnement international futur : développer des têtes d'affiches locales afin de donner un nouveau souffle.
 
C'est ainsi que j'aimerais que les grands événements et festivals d'ici mettent en valeur davantage de talents locaux. On me rétorquera d'emblée qu'ils n'attireront pas beaucoup de monde et que c'est risqué. C'est peut-être vrai à court terme. Mais ce sera peut-être différent à moyen et à long terme et c'est justement avec cette approche qu'il faut aborder ce défi. Pour emprunter une analogie au monde du hockey : comment développer un centre de premier trio si on le garde constamment à l'aile droite sur le quatrième trio et que son temps d'utilisation est limité à chaque partie?
 
Les talents d'ici ne doivent pas être seulement confinés aux petites salles ou jouer en première partie quand il n'y a personne, ils doivent aussi pouvoir se produire devant de grandes foules au point culminant de la soirée. Toute la stratégie de communication doit suivre cette même logique et être claire aux yeux du public : que leur nom soit écrit en gros, qu'on les place dans la meilleure plage horaire, qu'on leur donne l'occasion de briller et ultimement, qu'on leur paye aussi de meilleurs cachets pour que le tout ait du sens. 
 
Peu à peu, des artistes d'ici développeront une confiance alliée à un savoir-faire exportable et auront ainsi suffisamment les reins solides pour aller à l'étranger sans devoir obligatoirement passer par le système des subventions directes.
 
C'est un travail de développement, j'en conviens, pas nécessairement facile. Mais je crois que la scène de la musique électronique à Montréal est rendue à cette étape cruciale et que c'est en agissant de la sorte qu'elle pourra garder une empreinte musicale internationale forte. Car en développant, en chérissant et en mettant en valeur ses talents locaux, elle propulsera assurément de nouveaux acteurs et vedettes sur la scène internationale. Le plus beau dans tout ça? C'est Montréal qui en bénéficiera le plus.
 

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photo par Philippe Sawicki

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