MUTEK.Mag
Opinion

Les nouvelles avenues de création

Jérôme Guilleaume (The Gulf Stream) s'intéresse aux nouvelles interfaces de création et de diffusion

Jérôme Guilleaume - 2 avril 2012
Les nouvelles avenues de création

La démocratisation de l'accès aux nouvelles technologies a transformé la façon dont on aborde le son, et le rappeler n'est qu'enfoncer des portes ouvertes. Cet accès permet une personnalisation des outils pouvant aller jusqu'à faire de la musique un support de création en soit.

Entre le djing vynil classique et les nouvelles formes de live via des contrôleurs créés par leurs utilisateurs, les possibilités de la musique électronique sont infinies. Depuis que la musique concrète s'est appliquée à transformer le studio en instrument de musique, la façon d'aborder la composition et la la musique s'en est trouvée profondément affectée.

Au moment où l'interface a cessé d'être le principal véhicule du son, ou en d'autres termes, quand l'objet manipulé a cessé d'être la source directe du son diffusé, (alors que la manipulation d'un instrument était jusqu'alors la seule manière de produire de la musique), le son a finalement pu être travaillé via d'autres interfaces, devenant ainsi l'objet manipulé, séparé de toute source « statique » (comme les instruments de musique traditionnels ayant leurs possibilités et leurs limites). Pouvoir lire, déduire et travailler le son en analysant une onde sonore, sans même parfois avoir à l'écouter, est en soit une avancée extraordinaire.

Avec l'accessibilité accrue des moyens de production et de diffusion musicaux, on a vu poindre une nouvelle virtuosité à travers des outils de production désormais portatifs comme les drum machines, MPC et autres séquenceurs, ou encore des outils de diffusion comme la sl-1200. Ces nouveaux instruments font partie du paysage quotidien des dernières générations de producteurs et de musiciens, et il n'est pas rare de voir ces équipements s'ajouter ou même remplacer des instruments traditionnels lors de performances sur scènes. La tendance ne serait d'ailleurs pas prête de s'inverser, comme le laisse entendre cet article récent concernant le SXSW 2012.

Suite à une discussion avec Nicolas Bugayev, en rédaction de sa thèse, “Techno, Repetition and Live performances”, il en ressort que la réflexion s'est affinée. Il fait remarquer que les ordinateurs personnels puis portables ont vécu la même démocratisation. Étant donné leurs capacités à produire, reproduire et diffuser du son, l'utilisation des outils qui étaient jusqu'alors confinés en studio est aujourd'hui devenue monnaie courante. Cela a encouragé de nouvelles formes d'assignations (via des outils de communications comme midi, osc, etc.) et généré une nouvelle forme de virtuosité, personnalisée, engendrant des performances uniques. On peut facilement penser au Monome, coquille vide de toute programmation permettant de créer un instrument sur mesure, comme aux shows de son ambassadeur, Daedelus.

Des objets facilement programmables comme les Arduino laissent présager encore plus de malléabilité dans la confection d'objets manipulables personnalisés. Là où se trouvait une interface se voulant la plus versatile possible, mais demandant plus de mains qu'il n'en faut pour effectuer certaines manipulations comme les synthétiseurs classiques, on substitue des outils adaptés pour une performance précise, remplaçant le potentiel à une application directe; on rend l'objet efficace en le façonnant pour une tâche précise dans un temps donné. Les tablettes tactiles comme Lemur et la version plus abordable qu'est le iPad, permettent que les modules soient, entre autre, presque illimités et laissent la possibilité à des interfaces comme celle-ci de voir le jour.

On peut imaginer dans un avenir proche, des surfaces tactiles permettant aux artistes de façonner leurs contrôleurs et donc, leur propre rapport à la musique.  Elles seraient moins linéaires et plus malléables, et l'interface, plutôt qu'être un objet physique, pourrait certainement faire partie de l'environnement direct du performeur.

Ces avancées s'appliquent bien sûr à l'ensemble des sphères des nouveaux médias et on entrevoit déjà un décloisonnement des disciplines artistiques, avec toutes les innovations qui vont avec. 

-------------------------------------------------------------------

The Gulf Stream et VJ MA' préparent Trajectoires, un projet audio-visuel qui sera présenté à Montréal durant les festival Chromatic et MUTEK. Leur deuxième EP sort en mai sous l'étiquette Archipel. Ils seront en prestation aux Piknic Électronik de Montréal et de Gatineau, ainsi que durant le festival Fringe à Montréal. 

×

Inscription à la liste d'envoi