Entrevue

Tempête tridimensionnelle tonitruante

Antoine Schmitt & Franck Vigroux présentent Tempest dans le cadre du A /Visions 3, le 31 mai à 20h

Michael-Oliver Harding - 28 mai 2013
Tempête tridimensionnelle tonitruante

Dire que l’œuvre commune du musicien protéiforme Franck Vigroux et de l’artiste plasticien Antoine Schmitt dérange serait un euphémisme. Partant de l’idée d’un chaos audiovisuel à l’état brut qui renvoie à la notion de Big Bang, les deux comparses ont donné vie à une expérience physique hors du commun. Les algorithmes visuels de l’un et l’instrumentation analogue de l’autre s’agencent et se regroupent tels des molécules indistinctes, se transformant rapidement en formes surprenantes et puissantes mais surtout instables. En prévision de la première nord-américaine de Tempest, MUTEK s’est entretenu avec ces sculpteurs émérites de matières sonores et visuelles afin de retracer la genèse du projet et de mieux comprendre leur univers à la fois structuré, spontané et brut.

 

Avec Tempest il s’agit de votre deuxième collaboration, donnant encore ici lieu à un croisement audiovisuel des plus fracassants. Comment décririez-vous l’univers Vigroux-Schmitt ?

FV: J’avais déjà travaillé avec Antoine sur un autre projet : un spectacle avec danse et scénographie. Je trouvais que ses propositions vidéo graphiques s’intégraient bien à ma musique, donc on a discuté et on est parti sur l’idée du bruit – le bruit visuel, le bruit blanc, le bruit rose, celui qui constitue toutes les fréquences du son. On a cherché à développer cette idée.

 

Une fois la thématique établie, comment avez-vous déployé cette idée d’un maelstrom originel, tant sur le plan sonore que visuel?

FV: On a d’abord fait des essais à partir de propositions visuelles d’Antoine qui m’enlignaient, et on a vu que ça marchait. On a continué à creuser. C’est très work in progress; je suis toujours, encore aujourd’hui, en train de travailler la musique, elle évolue beaucoup au fur et à mesure.

 

Antoine, vous avez même conçu un instrument pour illustrer les mouvements de millions de nanoparticules, qui va de pair avec les rugissements de l’air orchestrés par Franck.

AS: Oui, à partir du moment où on a décidé de prendre cette direction, j’ai fabriqué un instrument. Au fur et à mesure, j’ai affiné cet instrument pour me donner des possibilités de plus en plus précises, selon la direction dans laquelle on allait. On a lancé le projet l’été dernier, on a fait une première période de résidence en septembre, et ça évolue constamment depuis. Chaque fois qu’on le joue, je le retravaille un petit peu, je découvre aussi de nouvelles manières de l’utiliser, parce que c’est un instrument assez complexe, et j’ajoute de nouvelles forces – des forces de turbulence, par exemple.

 

À quel point souhaitiez-vous que l’univers sonore de l’un se marie bien avec l’univers visuel de l’autre? Avez-vous dû vous ajuster en cours de route pour assurer une certaine cohérence au sein de ce système-univers de pur chaos?

AS : Pour ma part, j’ai dû m’ajuster dans le sens où mon instrument pousse vers une évolution lente, et au début, j’avais emprunté ce chemin, mais j’ai constaté que Franck réalise des moments de coupures sonores assez fortes. J’ai donc ajusté non pas mon instrument mais ma manière de jouer en fonction de ça.

FV : Pour moi, le temps de l’image n’est pas du tout le temps du son. Soit on fait quelque chose de complètement littéral et d’illustratif, où un son déclenche une image, par exemple, et ça risque d’être très vite redondant, ou soit on vit notre propre temps et il y a des choses qui se rencontrent, et des choses qui se séparent. Avec la liberté qu’on se donne, on est plutôt sur quelque chose qui prend son temps, tant pour le son que pour l’image.

 

Serait-il juste d’affirmer que chaque représentation de Tempest donne lieu à un spectacle carrément unique?

FV: Pour la musique, je ne fais jamais deux fois le même concert. Je n’utilise que des dispositifs de « hardware », des machines de synthétiseurs, et tout est vraiment en manipulation live. C’est ce qui fait qu’il y a de la surprise chaque fois et ce n’est pas plus mal.

AS: C’est vrai que le côté improvisation, même si c’est très préparé, ça donne de l’énergie, ça permet de ne pas tomber dans la routine.

FV: Disons que, si nous étions dans quelque chose de très littéral, de très préparé comme on le voit beaucoup, à la rigueur je pourrais vous envoyer mon laptop par la poste et vous n’auriez plus qu’à le brancher et appuyer sur le bouton « start » ! Je ne suis pas du tout dans ce type de démarche.

 

Vous avez tous les deux présenté vos œuvres dans des festivals de création numérique à l’international. Quelles sont vos impressions des performances audiovisuelles qui cartonnent à l’heure actuelle sur le circuit festivalier ?

FV : Je ne veux pas être négatif, il y a plein de choses intéressantes, mais… Il m’arrive d’aller dans des festivals d’art vidéo, où il y a des présentations de films dits « art vidéo » très technologiques. Au final, il pourrait y avoir le logo d’Apple qui figure dans les crédits, et j’y croirais très bien, parce que je vois déjà dans des pubs télé plein de trucs du même genre, avec les mêmes images.

AS : Je suis plutôt d’accord, mais pas pour les mêmes raisons. J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de choses qui ont déjà été explorées, il y a beaucoup de tape-à-l’œil, et je reste un peu sur ma faim. Ça fait assez longtemps que le travail sur le rapport son-image existe, et là, en quelque part, je trouve que c’est souvent très technologique, mais pas tellement très personnel.
En même temps, c’est excitant, parce que les outils sont les mêmes pour tout le monde, et je suis optimiste quant à l’avenir. Je crois qu’on est présentement dans une phase où tout le monde expérimente avec les outils. Après, je pense qu’il y aura plus d’appropriation. C’est prometteur.

 

Antoine Schmitt & Franck Vigroux présentent Tempest dans le cadre du A /Visions 3, le 31 mai à 20h.

  • mutek 2013
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