Entrevue

Feel the Subliminal Pinch: une entrevue avec Rob Ellis

Représentant de la philosophie d’un dubstep profond et l’un des piliers de longue date du genre bien avant la suprématie d’une formule élaborée pour les radios, Pinch (soit Rob Ellis) a cimenté sans compromis sa place de shaman de la sub-bass avec son pre

Michael-Oliver Harding - 28 mai 2014
Feel the Subliminal Pinch: une entrevue avec Rob Ellis
Subloaded, ses soirées décapantes inspirées par Kode9 et les fréquences sombres et immersives qu’il a d’abord découvertes aux soirées londoniennes FWD>> qui ont changé la donne, ont fait de Bristol l’une des premières villes à adopter les puissantes basses méditatives. Représentant de la philosophie d’un dubstep profond et l’un des piliers de longue date du genre bien avant la suprématie d’une formule élaborée pour les radios, Pinch (soit Rob Ellis) a cimenté sans compromis sa place de shaman de la sub-bass avec son premier LP, Underwater Dancehall en 2007, réveillant les instincts les plus primaires des auditeurs, et bousculant intelligemment les attentes avec des vocaux tonitruants et des mutations du style en tout sens.
 
A travers les années, depuis Bristol, le producteur, Dj et grand patron de label a continué à développer les possibilités de rythmes ténébreux, viscéralement ressentis dans une époque post drum’n’bass. Créé en 2005, son label Tectonic, en constante métamorphose, a soutenu des innovateurs dévastateurs de pistes de danses tels que Loefah, Addison Groove et Digital Mystikz, avant que le reste du monde n’embarque. Son étiquette Cold Recordings, uniquement vinyle, créée l’année dernière, explore les anormalités musicales impétueuses à l’inverse d’une house/techno restrictive. Il a, de plus, sorti un album de dubstep hypnotique très inspiré avec Shackleton et est actuellement en train de mettre les dernières touches à une collaboration très attendue avec la légende dub Adrian Sherwood (sous le nom Sherwood & Pinch). Avant l’une des très rares apparitions nord-américaines de Pinch pour EM15, nous avons discuté avec le passionné et prolixe Ellis sur la tribalisation de la musique, de la révolution sonore du dub et de son approche d’accro à l’adrénaline envers la production.
 
Tu as dit par le passé que depuis que tu as migré dans ta jeunesse, de la “musique de groupe” comme Jimmy Hendrix ou Frank Zappa au trip-hop et à la jungle (Massive Attack, Goldie, Metalheadz), il n’y avait pas de retour en arrière possible, qu’encore aujourd’hui toute la musique à base de guitare te semble toujours la même. C’est un commentaire assez incendiaire vis à vis de notre culture musicale de plus en plus éclatée, peux-tu développer ce commentaire ?
 
Je pensais à une certaine période de ma jeunesse où les musiques dance et rave sonnaient tout le temps pareil. J'ai changé depuis! Évidemment, c’est un commentaire très extrême, mais qui n’est pas à prendre au pied de la lettre, mais la façon dont les choses sont enregistrées, à travers la précision des procédés, certaines techniques de production sont devenues dominantes et l’un des effets secondaires est que beaucoup de musiques enregistrées ont des caractéristiques sonores similaires. Si tu écoutes les textures sonores, beaucoup de musique à base de guitare sonne pareil. Ce n’est pas pour la sous-estimer ou la critiquer, c’est juste mon point de vue personnel.
 
Ceci est l’un des effets secondaires du procédé de tribalisation que la musique peut avoir. Alors que tu te concentres de plus en plus sur certaines choses, ces petits détails prennent de plus en plus de place et tu commences à perdre le fil sur certaines choses, tu ne portes plus d’attention à la musique faite à base de guitare, tu ne l’écoutes plus de façon régulière, donc après une vingtaine d’années, tu prends du recul et tu as l’impression que tout sonne pareil. Je le comprends totalement, pour quelqu’un qui est dans un groupe rock garage ou qui écoute un certain mouvement punk, la plupart de la house, de la techno et de la dance music sonneront exactement les mêmes. C’est juste ce vers quoi nous portons notre attention. La mienne est tournée vers la musique bizarre, sombre, atmosphérique avec beaucoup de basse dedans.
 
La philosophie de la musique dub a joué un rôle fondamental dans ta pratique, toujours conscient des expérimentations risquées et de repousser les limites du spectre sonore de la basse. Ces incarnations précoces du dub ont-elles toujours une influence et t’aident-t-elles toujours dans la manière dont tu façonnes ton travail ?
 
En ce moment même, je travaille avec le fameux producteur dub Adrian Sherwood! Je pense que plus spécifiquement à la fin des années 60 et au début des années 70, la révolution du dub a été remarquable ; tellement remarquable que l’on prend pour acquis le fait que la dance moderne et l’expérimentation musicale ont vraiment pour origine les grandes idées des producteurs de dub de cette époque. Je pense que la musique dub contemporaine, depuis 30-40 ans, est peut être un peu enfermée dans un monde figé, mais l’esprit original du dub reposait sur la démolition de murs invisibles, et sur le fait d’évoluer vers de nouveaux endroits. C’est fondamentalement vrai et c’est quelque chose qui me tient à coeur dans mon approche musicale. Évoluer dans cet état d’esprit, ce n’est pas se soumettre à certains motifs rythmiques ou à des instruments, mais bien manipuler l’espace et la perception que nous en avons. Je pense que c’est quelque chose de réellement fascinant et que nous allons continuer à explorer pendant encore longtemps.
 
Est-ce que l’album à venir avec Sherwood te fait dire que la boucle est bouclée, étant donné qu’il est l’une de tes premières influences ?
 
Certainement. Beaucoup de disques que j’avais à mes débuts étaient des disques produits par Adrian! Des choses que j’écoutais quand j’avais 9-10 ans, et que j’écoute toujours aujourd’hui, ce que je ne peux pas dire pour tout ce que j’écoutais à cette époque. C’est un vrai honneur de travailler avec lui. Il est plus qu’une légende; c’est quelqu’un qui a tellement fait de choses sans que personne ne le sache, produisant plus de 200 albums, travaillant toujours discrètement et sous différents alias. J’ai beaucoup de respect pour ces gens là, car vous savez que leur motivation n’est pas basée sur leur égo, ils sont sincèrement dans ce qu’ils font.
 
Que pouvons-nous attendre de cette collaboration ? Allons-nous reconnaître vos saveurs sonores hantées et la maitrise de l’analogie de Sherwood? 
 
Je pense oui! C’est de la musique dub sombre, psychédélique, et j’utilise le terme dub très approximativement. Ce n’est pas un album centré sur le reggae, mais j’espère qu’il touche un peu à cet état d’esprit expérimental dont on parlait tout à l’heure. C’est certainement ce mélange de sonorités que tu décrivais tout à l’heure : il est vraiment basé sur l’équipement analogique, alors que je suis plus au fait de la production avec des perspectives numériques. Cela a été très intéressant : il y a eu quelques obstacles à certains moments car nous travaillons tellement différemment, mais je pense que nous avons réussi à faire une superbe combinaison sonore. Il y a des grands morceaux dedans, certains très musicaux, d’autres très psychédéliques et discordants.
 
Votre très attendue collaboration puissante avec le producteur britannique issu du grime/d'n'b Mumdance (avec des morceaux poids-lourds tel que “Turbo Mitzi” va atteindre de nouvelles profondeurs grâce à un album. Qu’est-ce qui vous a réuni tous les deux ?
 
Je l’ai rencontré rapidement à Bristol il y quelques années au court d’un concert, et il a commencé à m’envoyer par email des trucs bien sombres autour des 130 bpm. Certains morceaux sortaient du lot, surtout ceux qu’il faisait avec Logos. J’avais vraiment envie de les signer; le morceau “legion” est un morceau vraiment important pour moi, cela sonnait vraiment Tectonic, avec un tempo teinté de house, très frais mais aussi avec une touche rétrospective. Ils sont venus à Bristol, on a fait “Turbo Mitzi” et on a décidé  qu’on devrait en faire d’autres! Ce mix à venir est essentiellement des instantanés de là ou nous en sommes en terme de tempos un peu house et techno encore plus sombres, sans être non plus ni house ni techno. Essayant de ne pas être trop d’un seul style, tirant des influences que nous partageons comme le grime, la jungle, le dubstep et le hardcore, mais sans les ressentir trop fortement. Permettant à ces influences de guider ce que nous ressentons quand nous faisons ou que nous sélectionnons des morceaux. Je suis très content de ce mix.
 
Cela semble vraiment pour garder la musicalité qui est au coeur de ton alias “Pinch” : prendre des samples et des petits bouts de genres très variés qui t’attirent et leur donner vie telle une créature Frankensteinesque similaire à ton invention, ancrée au plus profond de tes influences.
 
Absolument. Fondamentalement, tu pourrais distiller mes goûts musicaux et mes influences dans quelque chose qui resterait probablement avec moi toute ma vie. Sans vouloir paraître hippy halluciné et aller trop loin dans la science-fiction, je pense que si tu es à fond dans la recherche musicale, et non pas simple consommateur, il y a une certain période dans ta vie qui aura toujours une grande influence sur toi. Si tu n’as jamais entendu une forme particulière de musique avant, elle peut faire une grosse impression sur toi car elle peut te sortir de ta routine journalière. C’est une des choses fondamentales qui me poussent à aller d’une forme de musique à une autre, de chercher des genres similaires d’expériences et d’états d’esprit, mais sous différentes formes, car une fois qu’elle a été formalisée, elle perd de son mystère et son pouvoir de te transformer du normal à l’anormal. Bien sûr, ce n’est pas une règle figée, c’est juste la façon dont je vois les choses.
 
C’est dans cet esprit que j’adore poursuivre des projets comme celui avec Mumdance. Quelque part, c’est comme si je pouvais prendre mes kicks en écoutant le même dubstep que j’avais en tête il y a dix ans. Mais je ne le fais pas, donc c’est comme un accro à l’adrénaline dans un sport extrême. Essentiellement, j’ai l’impression que, dans la musique, je n’entends pas vraiment ce que j’aimerai écouter donc je dois rester actif et le chercher moi-même.
 
Pinch performe le samedi 31 mai pour NOCTURNE 4 : Cruising the Sub-Dub Spectrum au Musée d’art contemporain de Montréal
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