Entrevue

Mix prolongé

Ital n’est pas du genre à sacrifier la vibe de sa dance music pour des envolées expérimentales enivrantes. Avec ce musicien de Brooklyn, les deux cohabitent dans une irrésistible harmonie à haute tension. Il nous offrira une performance de 2 heures dans l

Robyn Fadden - 19 novembre 2013
Mix prolongé
Ital n’est pas du genre à sacrifier la vibe de sa dance music pour des envolées expérimentales enivrantes. Dans son univers musical, les deux cohabitent dans une irrésistible harmonie à haute tension. Tout droit venu de Brooklyn, Daniel Martin-McCormick, dont les deux derniers albums sous le pseudonyme Ital – Hive Mind et Dream On, sont sortis en 2012 sur le label britannique Planet Mu et qu’il a soutenus en montant sur scène avec des artistes comme Laurel Halo ou lors de festivals comme Sónar, vient faire un tour à Montréal pour la soirée EXTRA_VISIONS 2 de MUTEK_IMG  22 novembre au Centre Phi. Si chacun y va de son appellation pour définir sa musique, souvent qualifiée de house underground, Daniel Martin-McCormick ne cherche pas vraiment à définir son art. Ce qui compte pour lui, c’est de le renouveler en cherchant de nouveaux sons et en les associant de façon originale tout en continuant à faire danser les gens.
 
Tu as été dans des groupes rock, hardcore, punk, comme Mi Ami et Black Eyes, et tu as un peu brouillé les pistes dans le milieu de la musique électronique en adoptant un style difficile à définir. Où penses-tu te situer dans la vaste sphère des genres musicaux? 
 
Depuis que la musique existe, on discute de sa surclassification et des différents genres musicaux. Ça a toujours été comme ça, et ce n’est pas vraiment une question qui me préoccupe. Je crois qu’il faut juste suivre son instinct. La meilleure musique est toujours celle qui utilise une texture et une mélodie relativement simple, une combinaison entre A et B. Si on prend un groupe comme My Bloody Valentine, leur musique n’a jamais été démodée parce que musicalement, ils explorent l’essentiel. Dans 1, 2 ou 3 ans, un genre comme l’outsider house ne sera plus à la page parce qu’il est trop marqué dans un certain contexte, mais les meilleurs artistes du genre, eux, continueront de produire de la bonne musique parce que leur art n’est pas contextuel. Ils jouent avec les propriétés élémentaires de la musique et ne font pas seulement référencer ce qui a déjà été fait. C’est sympa d’utiliser des références, mais sur le long terme, ça ne marque les esprits que si on les utilise pour faire de la super musique.
 
Comment as-tu fait la transition entre les groupes de rock et ta carrière solo dans la dance music? 
 
J'aimais la dance music bien avant d’en faire. Ça a commencé assez simplement. En 2005, je n'écoutais que ça à quelques exceptions près, et des compositions classiques du 20e siècle. J’ai créé mes premiers titres, mais j'étais plutôt occupé avec les groupes et je n’ai pas fait grand-chose avec ces morceaux. Quelques années plus tard, j'avais toujours envie de faire de la dance music et j’avais quelques connaissances dans le milieu, notamment au sein du label Future Times. Je me suis dit, pourquoi pas moi? J'ai créé de nouveaux sons et 6 mois plus tard, je les ai envoyés à quelques amis. Amanda Brown du label Not Not Fun m'a contacté avec l'idée de créer un petit label électro d'avant-garde, 100% Silk. En 2011, je lui ai envoyé ce qui est devenu mon premier vinyle, mais je ne pensais vraiment pas que ça aurait un impact. Aujourd'hui, je peux dire que j'ai baigné dans la dance music aussi longtemps que j'ai baigné dans le rock. 
 
Qu'est-ce que la musique électronique t'a permis d'explorer de plus que lorsque tu étais dans des groupes?
 
Avec la plupart des groupes, c'est un peu toujours la même routine : tu transportes tes amplis, tu répètes tes morceaux, tu les joues et les gens viennent à tes shows et voient comment la musique est créée. Ça peut être cool, mais les inconvénients sont que tu travailles sur une palette de sons plus réduite et que tu dois te mettre d'accord avec plusieurs personnes pour les arrangements. Avec Ital, c'est juste moi et tout mon univers musical dans une boîte. Et cette palette de sons et d'émotions me correspond vraiment. En solo, il y'a peut-être davantage de profondeur parce que tu peux te plonger entièrement dans ta musique, y abandonner tout ton être, sans compromis. J'ai adoré être dans des groupes, mais je m'y retrouve plus en solo.
 
Dans la mesure où la musique électronique te permet d’explorer une palette de sons plus large, mais que tu ne peux pas te déchaîner sur scène à la guitare, dirais-tu que l'électro peut être punk?
 
Absolument. Il y a tellement de types de punk. Ce que j'ai toujours apprécié dans le punk, c'est cette énergie qui est partagée. Tu la reçois directement, c'est brut. Cela dit, quand j'allais à des concerts punk, les gens étaient tout aussi excités d'entendre de la musique qu'on ne qualifierait pas de punk. Tout n'avait pas besoin d'être dynamité, à vif ou d'avoir été labélisé punk.
 
Comment est-ce que tu prépares un set live comme celui que tu vas présenter à MUTEK_IMG? 
 
Je voyage souvent avec Aurora Halal, une artiste visuelle qui fait beaucoup de vidéos pour moi, notamment un flux vidéo live qu'elle alimente avec des images de la scène et d'autres séquences déjà préparées en amont. Je suis impatient de découvrir l'univers visuel de MUTEK_IMG. Parfois, je trouve que les performances live d’électro s'appuient trop sur l'artiste et font de lui la performance même. Personnellement, je veux juste que les gens s'amusent, qu'ils aient envie de danser ou de regarder l'équipement. Je comprends pourquoi les gens observent l'équipement, ils veulent comprendre notre langage. C'est assez fascinant de voir comment la musique est jouée. Quand je sors tout mon matériel, ce que je vais d'ailleurs faire pour le show, tout le monde ne saisit pas de la même façon ce qu’il se passe. C'est un peu comme si je sortais de derrière un rideau noir, je franchissais une frontière et je disais à tout le monde : "Faites-moi confiance, ce que je fais là, je le fais pour vous, à cet instant, alors profitez-en." Et comme chaque fois, j'espère obtenir cette confiance et que l'énergie passe.
 
Lorsque tu fais de la musique et quand tu utilises des samples ou des sons que tu as trouvés, à quel point es-tu influencé par la culture populaire, ce que tu écoutes, ce que tu vis et l'endroit où tu te trouves?
 
J'aime découvrir de nouvelles choses musicalement et je crois qu'on vit à une époque où il y a énormément de super musiciens. Je pourrais en nommer une centaine de tête, mais c'est certain que quand il s'agit de me laisser influencer par d’autres artistes directement dans mon travail, je mets la barre assez haut. Quand j'ai commencé à m'intéresser à la dance music, j’avais pas loin de 20 ans et j'allais dans les boutiques de disques à San Francisco. Je ne trouvais presque que de l'électro minimaliste d'Allemagne, un peu de disco-house du label DFA et les débuts du dubstep en provenance du Royaume-Uni. Et puis, j'ai commencé à chercher des styles dont je ne connaissais même pas le nom, je voulais juste de nouveaux sons. Aujourd'hui, j'ai l'impression de vivre avec une surabondance de dance music, et ça a peut-être toujours été comme ça, mais je n’en connaissais pas grand-chose à l’époque. La musique électronique, la dance music, l'avant-garde, et les croisements entre tous ces genres, avec les artistes classiques et les nouveaux artistes qui font des expérimentations aussi fascinantes qu'innovantes, ça m'inspire de faire partir de tout ça. Je crois que ce qui m'inspire par-dessus tout, c'est de voir quelqu'un donner une performance live extraordinaire. Ce n’est pas que je vais essayer de copier la musique, mais c'est stimulant, et ça me fait toujours réfléchir à tout ce qu’il est possible de faire.

EXTRA_VISIONS 2  - NOV 22

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