Entrevue

L'Homme-Machine Max Cooper

Cooper nous dévoile un set épique tout en émotion au Métropolis le vendredi 30 mai

Robyn Fadden - 18 mai 2014
L'Homme-Machine Max Cooper

Max Cooper installé à Londres mais originaire de Belfast, élabore une techno atmosphérique faite de boucles évolutives et de mélodies accessibles, rappelant les compositions classiques contemporaines et la folie des soirées « clubbing » qui finissent tard. DJ fermement orienté dancefloor à la fin des années 90, Cooper se met assez rapidement à faire des mixes et des remixes de façon prolifique, sa musicalité innovante et sa curiosité artistique s'équilibrant grâce à l'intuition que les DJs développent avec l'expérience de la performance. Ses morceaux sont notamment apparus sur des labels tels que Last Night On Earth de Sasha, Traum Schallplatten et FIELDS (l'hôte de Human, son premier album sorti en mars 2014). 

 

Il y a un concept derrière Human auquel Cooper a réfléchi pendant des années, trouvant en partie des idées dans le royaume musical qu'il fréquente, mais aussi dans ses origines académiques scientifiques. Alors que la rigueur empirique de son doctorat en biologie informatique ne semble pas se faire sentir immédiatement dans son album, la contemplation des systèmes semblables aux machines que l'on trouve dans la matière organique continue d'inspirer Cooper. Sur Human, sa musique unifie l'homme et la machine dans un flot astucieux et décalé se situant non loin de ce que nous avons déjà entendu de lui, mais pourtant très éloigné.

 

MUTEK : Quand on réfléchit à l'histoire de la musique électronique et à ta propre carrière entremêlée d'une éducation scientifique, Human est un titre très évocateur pour ton premier long format. Quelles en sont les origines et quelle était ton humeur, ton état d'esprit pour le composer ?

 

Max Cooper : C'était assez comparable à ma thèse écrite - cela a commencé il y a trois, quatre ans avec un concept, donc pendant un certain temps, il fallait jouer avec et développer des idées, et puis l'année dernière, je me suis concentré pour le concrétiser. Je voulais écrire un album sur la condition humaine, en prenant différents concepts liés à la notion de ce qui nous rend humain, et les appliquer à différentes parties musicales. J'ai toujours eu une forte tendance à mettre des émotions humaines fortes et des idées dans la musique, bien que j'écrive de la musique très électronique. Ce qui est intéressant aussi, c'est que plus nous apprenons à propos des humains, plus nous nous rendons compte qu'ils sont comme les machines, du moins en termes de génétique et de biologie; et à l'inverse plus nos machines et nos ordinateurs deviennent complexes, plus ils deviennent similaires aux humains ou aux animaux. C'est vraiment comme les deux mêmes faces d'une pièce de monnaie, toutes les deux basées sur de nombreux principes communs, gouvernés par les mêmes lois physiques.

 

MUTEK : Bien que ta vie académique high-tech soit derrière toi, de quelle façon  influence-t-elle, probablement de manière indirecte,  toujours ta musique?

 

Je n'utilise pas implicitement la science pour écrire de la musique, mais c'est un outil créatif très utile qui me pousse vers de nouvelles directions, qui me donne des idées sur le genre de musique que je pourrais écrire et le genre d'idées que je pourrais poursuivre. Mon doctorat est en biologie des systèmes, qui est principalement de la biologie informatique ou génétique, mais cela ne me permet pas de vivre - pour cela il faut vraiment être organisé et aller au laboratoire tous les week-ends, ne pas trainer au lit, mais je ne suis pas organisé de cette façon là, donc le truc informatique m'était vraiment plus adapté. Cependant, il y a beaucoup de parallèles à faire entre la science et la musique, tel qu'exposer une idée abstraite et explorer ses possibilités, ou encore travailler ardument. J'ai appris à faire de la musique de la même façon que je ferais un projet de recherche, en explorant toutes les options. A un niveau plus abstrait, on pourrait dire que la science repose principalement sur des modèles, des motifs de la nature et la compréhension et la manipulation de ces modèles, et que la musique repose principalement sur les ondes sonores, la compression de l'air etc.,  et que lorsque l'on écoute de la musique, on analyse ces modèles.

 

MUTEK : Prenant en compte ta relation avec la technologie, est-ce que celle que tu utilises pour faire de la musique t'inspire ou alors cherches-tu un certain type de technologie pour t’aider à élaborer la musique que tu désires faire ?

 

L'album a été conçu avec des concepts extérieurs à l'équipement, mais ce n'est pas toujours le cas. Quand j'ai terminé l'album, je suis sorti et je me suis acheté une paire de synthétiseurs analogiques (un Prophet'08 et un Moog Minitaur), car je n'en avais jamais eu auparavant, donc depuis un certain temps, j'écris de la musique très inspirée par le fait d'avoir ces nouvelles machines et voir ce qu'elles peuvent faire. Donc, en fait, je peux aller là où je veux, je peux m'inspirer de la technologie ou bien de quelque chose de plus abstrait, un sentiment ou une idée que je ne peux pas exprimer verbalement.

 

MUTEK : De quelle façon ton approche envers la création musicale en général est-elle personnelle et en quoi diffère-t-elle de ton travail en solo et de tes remixes ?

 

J'exprime sincèrement ma propre personnalité, mes propres émotions et idées avec mes productions solos, mais avec les remixes, il y a deux personnalités et la difficulté est de faire se complémenter ces deux personnalités. Je ne peux qu'écrire de la musique conçue par rapport à mon propre état d'esprit à un moment précis, une musique qui le complète et qui est agréable. Pour moi, la musique est assez thérapeutique et agréable par là même. Quand je rentre dans cette zone d'écriture musicale, le temps disparait et je m'assois devant mon ordinateur et j'oublie de dormir, j'oublie de manger.

 

MUTEK : Tu as récemment remixé des morceaux de Nils Frahm, du groupe indie-rock montréalais Braids, Nick Warren, et au total, des centaines d'autres. Tu as aussi proposé quelques morceaux de ton nouvel album à certains de tes artistes préférés - Rodriguez Jr., Lusine, Harvey Mckay et Tom Hodge (tous sortis récemment sur le EP intitulé Inhuman One). De quelle façon le fait de remixer et d'écouter des remixes de ton propre travail  t'informe-t-il  sur ton propre processus de création musicale ?

 

Je le vois comme une situation où du moment que les deux artistes écrivent une musique différente, tu devrais pouvoir prendre le meilleur des deux artistes et le combiner - quand je fais un remixe, j'ai besoin de pouvoir trouver quelque chose dans le morceau de quelqu'un d'autre qui m'accroche - cela peut être un tout petit élément ou alors quelque chose de majeur, du moment que je pense que c'est quelque chose de magnifique. J'essaie de le compléter. En théorie, le résultat devrait être fort musicalement car le travail de deux personnes sera le produit final. C'est une des raisons pour lequel j'ai fait beaucoup de remixes, car c'est productif et puis c'est amusant. J'ai été très content des remixes de Human ; il y a une réelle variation dans le travail - le remix du morceau impacts a un design sonore de fou, chaotique et intense, alors que le remixe de Lusine est très suave, à la production très délicate. Je désire que les gens expérimentent, se sentent libre de faire ce qu'ils veulent du moment que cela leur semble bien. 

 

MUTEK : Tu joues en live à la soirée du vendredi à EM15, et tu joues continuellement en live en même temps que tu enregistres de nouveaux morceaux et remixes. Quelle est ton approche envers la performance ?

 

Quand je fais de la musique, il m'arrive parfois de volontairement faire un morceau plutôt club ou bien un morceau plus à écouter à la maison ou encore un autre qui fonctionne dans les deux environnements. Mais je me demande souvent si ce morceau sera dansable. Cela m'arrive souvent de stopper le fil conducteur durant un set avec ce genre de morceaux, les gens s'immobilisent et écoutent. J'ai l'impression que si je joue des morceaux faciles pendant tout mon set, je n'ai pas fait mon boulot correctement - j'ai besoin de pousser les limites des gens, voire de les emmerder un peu, avant de revenir à quelque chose sur lequel ils peuvent danser. J'ai été derrières les platines un long moment avant d'écrire de la musique, donc je garde toujours un œil sur les gens et j’essaie de jouer ce qui va fonctionner. Je suis parfois un peu jaloux des artistes qui ne font pas ça, il y a une pureté artistique de jouer ce que toi tu veux. Avec ma performance 4D (une installation sonore immersive grand format, agrémentée de nombreux haut-parleurs, créée en collaboration avec une équipe technique d'Amsterdam), c'est le cas, car elle est prédéfinie et elle ne changera pas pendant qu'elle est diffusée. Pour MUTEK/EM15, je vais jouer un set très flexible, avec beaucoup de musiques différentes dont des trucs assez bizarres, mais en même temps, si je vide le dancefloor, je changerai mon approche...

 

Max Cooper joue en live pour EM15 au Métropolis le vendredi 30 mai, avec Audion et Voices from the Lake.

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