Opinion

La réalisation cinématographique inversée de Diagraf

Aperçu de ses procédés et avant goût de son set VJ pour VOICES FROM THE LAKE et MAX COOPER

Patrick Trudeau - 20 mai 2014
La réalisation cinématographique inversée de Diagraf

Patrick Trudeau crée des environnements visuels éblouissants sous le nom de Diagraf. Il est particulièrement actif à Montréal, et a participé à plusieurs éditions de MUTEK Montréal mais aussi à Mexico City et de par le monde. Dans ce texte, il nous décrit son processus de travail et un avant goût de ce que nous allons découvrir lorsqu'il accompagnera Voices From The Lake et Max Cooper le vendredi 30 mai au Métropolis.

 

Depuis sa création, MUTEK a été à l'avant-garde de l'interaction de la musique et de la technologie. Heureusement pour les artistes visuels tels que moi (partageant une interaction similaire entre imagerie visuelle et technologie), la reconnaissance de nos contributions est arrivée assez tôt, et le festival a été un terrain fertile pour l'expérimentation audiovisuelle en général et plus particulièrement pour le VJing.

 

Alors que la perception immédiate est multi-sensorielle, la mémoire est un phénomène visuel inhérent. Nous parlons de la représentation mentale par exemple, et quand nous nous rappelons un événement, les images qui y sont associées nous reviennent à l'esprit tel un écran de cinéma. Pensez au plus beau concert que vous ayez vu et les images reviendront envahir votre esprit, peut-être de façon très concrète. Pour cette raison, je crois qu'il est d'une grande importance qu'un événement ait une dimension visuelle très forte.

 

Prenant ceci en considération, aux côtés des éclairages et de la scénographie, un rôle de plus en plus grand est joué par le VJ. Dans un traitement assisté par la technologie, nous sommes l'inverse d'un réalisateur : monter et élaborer en temps réel le film sur la bande son elle-même.

 

Le réalisateur Sidney Pollack, parlant à propos de la réalisation, a dit au sujet du processus de montage que c'était comme de la sculpture. Je pourrais insister sur le fait que, pour le Vjing, cela me semble encore plus vrai. Avec la musique comme muse et guide, nous trouvons les éléments visuels qui s'accordent, nous égratignons certaines couches, en ajoutons d'autres et élaborons une danse de formes et d'interprétations en constantes évolutions.

 

Ceci, bien sûr, requiert beaucoup de préparation. Mon propre processus, et plus particulièrement pour un festival comme MUTEK, commence en me familiarisant avec les musiciens et leurs œuvres. Leurs sons inspirent la création d'un nouveau contenu visuel et s'ajoutent donc à ma banque d'images déjà existante. (J'essaie d'utiliser un gros pourcentage de nouveaux matériaux pour les événements importants, bien que je me sois rendu compte être incapable d'utiliser les mêmes extraits deux fois de la même façon). J'essaie de toujours arriver avec quelque chose de nouveau et un peu différent, utilisant (enfin pour moi) de nouveaux outils et de nouvelles techniques, de nouveaux logiciels et plugins. J'assemble le tout de façon assez libre dans mon logiciel, tout en m'assurant qu'il sera assez facile de le changer au moment même. Pour moi du moins, il est très important de ne pas rester enfermé dans quelque chose, mais plutôt d'avoir une bonne base, ce qui laisse autant de place que possible à l'improvisation.

 

Beaucoup de questions surgissent avant et pendant la performance elle-même. Est-ce que cet écran lumineux est une surface plane que l'on peut peindre ou bien une fenêtre précipitant l'illusion de la profondeur et la projection d'une grande distance? Suis-je en train d'atteindre la beauté et le sublime, vers la lumière ou vers l'obscurité? Est-ce que la musique suggère une imagerie représentative ou bien une abstraction? Quelle palette de couleurs est plus appropriée à l'atmosphère et à l'agencement? Dans ces cas là, c’est toujours la musique qui me guide.

 

Pour la performance de Voices From The Lake, par exemple, j'ai planifié un arrangement très feutré, tamisé. Sobre et méditatif, je l'envisage de façon monochromatique et cinématographique, avec une forte présence organique faisant constamment le contre-point des éléments numériques. Le même soir, je performe avec Max Cooper, et pour ce set, je vais probablement utiliser plus d'abstraction, plus de géométrie et plus de couleurs. Bien sûr, dans une situation comme celle-ci, je ne peux que deviner ce que les artistes vont faire, ce qui implique que tout peut changer au cours de la performance.

 

Le défi sous-jacent est de ne pas en faire trop. Les visuels doivent toujours soutenir la musique, attirer l'attention sur certains aspects mais ne jamais interrompre l'attention.

 

Le plus important est le voyage. J'essaie d'injecter dans mes arrangements VJ une trame narratrice qui, aux côtés de la musique, embarque l'audience dans un voyage avec une introduction claire, un point culminant et une conclusion. Mon approche est la même que pour mes réalisations et ma musique : avec l'introduction d'éléments et de scènes se construisant lentement pour devenir un tout, et avec l'introduction d'une tension et de sa possible libération. Finalement, le but est de créer une impression de synesthésie la plus forte possible et à travers ce procédé, élaborer des expériences inoubliables.

 

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