Entrevue

Une belle récolte : Rencontre avec The Durian Brothers

Le trio présente ses ritournelles à base de platines préparées le 30 mai au MAC

Robyn Fadden - 21 mai 2014
 Une belle récolte : Rencontre avec The Durian Brothers

Le trio allemand The Durian Brothers exhorte une musique de club polyrythmique et dense de ses platines Technics 1210 préparées, sans aucun vinyle mais agrémentées d'élastiques, d’autres objets surprenants, et d'un séquenceur équipé du minimum d'effets. Que se soit en live ou sur ses enregistrements, le groupe se concentre aussi bien sur l'expérimentation artistique que sur le fait de faire danser les gens. Produisant de la musique ensemble sous le nom de The Durian Brothers depuis 2009, Marc Matter, Florian Meyer et Stefan Schwander ont tourné à travers l'Allemagne, joué aux festivals Unsound et Tallin's Rhythm en Pologne. Ils ont sorti trois EPs sur leur propre étiquette, Diskant, ainsi qu'un disque avec Ensemble Skalectric sur FatCat Records en 2013. Un album est prévu pour cet été sur Kontra-Musik, mélange de mélodies ambient et de déconstructions rapides et épurées. The Durian Brothers s’est entretenu avec MUTEK au sujet de son approche vis à vis des platines, de sa musique à moitié improvisée et du fait d'être étiqueté "expérimental". 

 

MUTEK : Vous jouez ensemble en tant que The Durian Brothers depuis maintenant cinq ans mais vous avez commencé à bidouiller avec les platines depuis bien plus longtemps. Qu'est-ce qui vous a amené à utiliser les platines de cette façon et à former un trio orienté musique de club ?

 

Florian : En fait, c'est plutôt venu des platines elles-mêmes. Les tables tournantes du disco n'ont pas de mécanisme qui ramène l'aiguille sur sa position de départ quand le disque est fini, donc tu te retrouves à écouter cette boucle de sillon à la fin du disque. A un moment donné, on a rassemblé toutes nos platines et on a écouté plein de boucles de sillons tout en jouant avec l'équaliseur de la table de mixage.

 

Marc : En tant qu'individus, nous couvrons un large éventail. Stefan fabrique des meubles et fait de la musique (sous le nom Harmonious Thelonious. Flo fait aussi bien de la musique polyrythmique pour les clubs que des œuvres et des performances bruitistes avec d'autres collaborateurs tels que des couturiers ou des danseurs ayant une approche artistique très minimale. Quant à moi, je travaille aussi dans d'autres styles de musique, et je me suis orienté dernièrement de plus en plus vers le spoken word et la poésie. Donc, c'est peut-être un large éventail mais au milieu de tout ça, ou bien peut-être pas tout à fait au milieu, on se retrouve et on fait ce truc, The Durian Brothers. C'est vraiment trois individus qui se retrouvent et qui essaient de vivre des moments musicaux magiques. 

 

MUTEK : Il y a cette même énergie vivante et cette continuité dans vos morceaux enregistrés. Votre approche de l'enregistrement et de la performance sur scène est-elle si différente de la relation entre l'improvisation et la composition préparée ?

 

Florian : Nous produisons de manière aussi bien équilibrée et improvisée que déséquilibrée et composée. Cela concerne les instruments que nous utilisons, Stefan utilisant un séquenceur et Marc et moi des platines. Ces instruments sont vraiment très différents dans leurs manipulations et dans la spontanéité que tu peux avoir avec eux. Pendant les performances, il y a plus de place pour l'improvisation, surtout entre les morceaux.

 

Stefan : Tu ne peux pas être spontané avec un séquenceur car tu dois le programmer. Donc, je vais programmer un rythme ou peut-être quelques accords ou des sons de guitares, avant que l'on se retrouve, ce qui permet à Marc et Flo de pouvoir improviser et trouver quelque chose qui va bien avec. Le meilleur ressentiment est quand les séquences s'entrelacent avec les platines et que tu ne peux plus savoir quels sons proviennent de quel musicien.

 

Marc :

Il est aussi important de remarquer que nous avons quelques morceaux totalement improvisés : nous commençons avec un thème avec les platines et Stefan arrive en improvisant avec les séquences. Des morceaux, parmi les plus surprenants, sont le résultat de cette approche.

 

MUTEK : En revanche, en concert, vous êtes équipés d'un arsenal d'objets que vous utilisez sur les platines : élastiques de différentes tailles, bande adhésive, feuille de papier, CDs rayés, et les sons qui en résultent s’apparentent autant à ce que l'on entend souvent dans la musique électronique (tels que des rythmiques imprégnées de basses et des cuivres) que complètement différents.

 

Marc : C'est pour ça que ce n'est pas du tout une musique électronique ; la plupart du temps, nous n'utilisons que des objets usuels ou toute autre chose qui peut s'insérer entre l'aiguille et le plateau de rotation de la platine.

 

Florian : Et nous n'utilisons absolument pas de vinyles. Les cuivres par exemple, proviennent de gros élastiques. Cela serait bien trop frustrant d'essayer d'imiter des instruments traditionnels, et aujourd'hui nous jouons des platines préparées depuis 18 ans, donc, nous sommes devenus notre propre instrument, bien que nous nous permettions d'utiliser des effets tels que le délai ou la réverbération, mais c'est notre instrument, alors que pour Stefan, le séquenceur est son instrument.

 

MUTEK : Votre musique mélange une multitudes de genres, polyrythmie africaine, jazz, musique de club, techno. Ces influences sont-elles volontairement directes ou bien quelque chose qui s'infiltre plus inconsciemment ?

 

Florian : Nous avons récemment fait un mix en ligne qui montre vraiment nos influences combinées et qui sont en lien direct avec The Durian Brothers.

 

Marc : Mais, en général, ces influences sont subconscientes, car nous ne nous laissons pas trop influencer par n'importe quel genre de musique pour n'importe quel morceau en particulier. Nous décidons de faire des morceaux qui peuvent être plus ou moins sauvages, doux, rapides ou qui ont un certain rythme mais nous n'en parlons pas directement à propos des styles qui peuvent nous influencer quand nous produisons des chansons.

 

Stefan : Et nous nous surprenons nous-mêmes aussi car nous jouons généralement à 90 bpm, mais parfois ce qui sort des platines finit par sonner à 135 ou 180 bpm, donc tout d'un coup, nous avons une polyrythmie, et parfois ça fonctionne et parfois pas. 

 

MUTEK : Vos origines musicales individuelles ne sont pas tout à fait conventionnelles et s'étalent de la musique dance aux punk, de la noise à la musique classique contemporaine et au rock. Que pensez-vous du terme "expérimental", vu qu'il est utilisé pour décrire The Durian Brothers ?

 

Stefan : Même si ce n'est pas le meilleur mot, c'est un mot très utilisé pour le style de musique que nous faisons, plus particulièrement dans le contexte de la musique de club.

 

Marc : Ce n'est pas un mot malsain, car nous faisons des expérimentations de manière à produire des sons similaires à ce que produisent les gens quand ils utilisent des échantillons. Et nous, particulièrement Flo et moi, avons réfléchi sur cet idée "d'expérimentation artistique" depuis des années, avec nos autres groupes aussi. Cela nous aide car tout le monde pense connaitre ce que cela veut dire, mais c'est tout de même quelque peu bizarre car cela est tellement utilisé ces derniers temps quand quelque chose sonne un peu différemment, bien que le processus de création musicale ne soit pas expérimental. Peut-être devrions-nous trouver un autre mot.

 

Florian : Je me sens aussi assez à l'aise avec l'utilisation du mot "expérimental" car si quelqu'un n'est pas trop à fond dans la musique et nous demande quel genre de musique nous faisons, c'est pratique, c'est comme une expression à la mode.  Mais lorsque l'on parle de dévotion envers la musique, par exemple quand tu parles à d'autres musiciens, ce mot devient très relatif. Même quelqu'un qui n'a pas une configuration expérimentale, s'il joue de son hautbois avec une formation traditionnelle en jazz, s'il rentre vraiment au plus profond de son son et que cela fonctionne, il expérimente aussi. Du fait que cela soit très relatif, nous ne donnons pas trop d'importance à cet aspect de notre musique.

 

Stefan : Je pense que décrire The Durian Brothers comme une combinaison de musique “expérimentale" et de "club" est assez bonne pourtant, mais c'est un genre de paradoxe et au moins cela veut dire que nous faisons de la musique dansable. 

 

Florian : Peut-être est-il plus important pour nous de le souligner ; que nous faisons de la musique pour danser et que c'est très agréable pour nous de jouer à 3 heures du matin dans un petit club plein à craquer. C'est là que l'on se voit. Alors la musique peut sonner expérimentale dans cette situation pour certaines personnes, simplement à cause des ces sons originaux et de la vitesse.

 

MUTEK : Un autre mot pour "expérimental" dans votre cas pourrait être "rebelle" ou même "punk"

 

Florian : C'est vrai, bien que nous ne sachions pas contre quoi nous rebeller.

 

Marc : Ce qui comptait pour le punk, c'était de choquer. Ça et l'aspect bidouilleur.

 

Florian : L'aspect expérimental ne choque plus ; c'est une approche conventionnelle. Peut-être que notre potentiel pour choquer se trouve dans notre configuration expérimentale pour produire de la musique, mais nous ne faisons que de la musique dance normale.

 

Stefan : Quoique d'un autre côté, c'est plus punk parce que Marc et Florian font leurs trucs avec un équipement bricolé avec une approche DIY. Ils font ce qu'ils veulent avec ce qu'ils veulent. Tu peux prendre une guitare avec une seule corde et faire de la musique, ou bien utiliser des platines de manière similaire.

 

MUTEK : Vous êtes un peu rebelles tout simplement parce que vous êtes trois personnes qui enregistrent et produisent de la musique de club ensemble, ce que l'on voit assez rarement. Pensez-vous que le fait d'être un trio affecte la perception qu'ont les gens de votre musique ?

 

Florian : J'aime beaucoup notre relation triangulaire car c'est juste plus intéressant que deux personnes ; la troisième personne peut être une façon de s'en sortir si notre processus de production musicale devient trop intense ou trop compliqué entre deux personnes uniquement.

 

Marc : Bien que cela puisse être un peu problématique en tant que groupe de club, parce qu'il n'y a pas beaucoup de groupe de plus d'une ou deux personnes dans la musique de club. Les gens peuvent penser que c'est principalement pour regarder une performance sur scène, mais pour être honnête, cela a changé à travers les ans, et ce qu'il se passe sur scène est moins important que les sonorités de la musique. Si les gens aiment nous regarder jouer, pourquoi pas, mais nous ne voulons pas être réduit au " groupe avec les platines préparées", je préférerais beaucoup plus que les gens ferment les yeux, dansent et écoutent.

 

The Durian Brothers seront sur scène au MAC le 30 mai pour la NOCTURNE 3.

 

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